L’hiver vient de se terminer ? – Notes de Paris, 22 mars 2018

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Il y a cinquante ans, le mai 68 français commençait le 22 mars. Partant à Nanterre de revendications réclamant la liberté de rencontre entre étudiants et étudiantes, la fin de la répression contre certains militants et affirmant l’opposition à la guerre au Vietnam, le mouvement se démultiplia et marqua l’histoire. Cette semaine, en 2018, une journée de grève nationale et de manifestation a été délibérément organisée le 22 mars, en écho au début des mobilisations de 1968, de la plus grande grève générale du pays et des batailles de rue homériques entre étudiants et policiers.

Cela sera-t-il assez pour initier un mouvement de la même ampleur ?

La situation en France – « Sarko en prison, Macron démission ! »

Macron fait face à des temps difficiles. Depuis le début de sa présidence, il a pris l’habitude de passer des réformes en force et dans l’urgence, afin de ne pas laisser le temps à ses opposants de s’organiser pour réagir à sa politique agressive. Mais il se retrouve aujourd’hui dans une situation que l’on peut considérer comme son premier grand test social.

Les cheminots se mobilisent contre les plans de Macron de réforme en profondeur la SNCF, notamment en réduisant les coûts de la main d’oeuvre et en attaquant le statut des travailleurs. Du 3 avril au 28 juin, les syndicats de cheminots ont planifié des grèves perlées régulières.

Le secteur public commence aussi à se mobiliser contre les plans d’austérité de Macron. Les syndicats l’accusent de mettre en œuvre le démantèlement du secteur public. Alors que ses promesses électorales affirmaient une meilleure reconnaissance et une meilleure rémunération, Macron s’apprête à sabrer dans les budgets, à multiplier les contrats précaires et à introduire le salaire sur base du mérite. Surtout, il planifie la suppression de cent vingt mille emplois dans les cinq années à venir.

Dans l’éducation, les étudiants et les lycéens commencent à se mobiliser contre la réforme du BAC et la réforme de la sélection à l’université. Une douzaine d’unifs sont mobilisées, certaines d’entre elles occupées par les étudiants (d’autres sont occupées par des migrants, qui sont confrontés aux politiques les plus répressives jamais mises en œuvre par l’Etat Français). Dans les lycées, de nombreuses tentatives de blocage ont également lieu. Mais tant les étudiants que les lycéens font face à des expulsions violentes par les flics et à des fermetures administratives décidées par les autorités académiques. Cependant, cette répression n’est peut-être pas la décision la plus intelligente prise par les autorités : à Bordeaux et Montpellier, la violence des forces de l’ordre semble avoir renforcé la détermination des occupants.

Ce qui s’est passé – Grève, affrontements avec la police et perturbation de la normalité quotidienne !

Suite à la grève du 22 mars, des centaines de vols et de trains ont été annulés et des dizaines d’écoles ont fermé leurs portes. Les grèves ont également touché les hôpitaux, les bibliothèques et d’autres services publics. L’Île-de-France a été particulièrement touchée par les actions dans le secteur industriel. Si le métro fonctionnait normalement, le RER et les trains de banlieue ont été gravement perturbés. Dans toute la France, les services TGV ont été sévèrement touchés par la grève : environ 60 % des trains ont été annulés.


Il y a eu des perturbations similaires dans les aéroports, en particulier à Paris, où quelque 30 % des vols ont été annulés. Ryanair a également été contrainte d’annuler plus de cent vols à destination ou en provenance de la France, ce qui a rendu les managers de la compagnie furieux. La grève des contrôleurs aériens a également causé des perturbations dans plusieurs autres aéroports.

180 manifestations de fonctionnaires et d’étudiants ont eu lieu dans toute la France, tandis que les cheminots se sont rassemblés pour une manifestation nationale à Paris – plus de 500.000 personnes ont rejoint les rues ! A Paris, il y a eu une manifestation matinale des étudiants et lycéens, et l’après-midi, il y a eu une manifestation spécifique pour les travailleurs de la fonction publique, à côté de celle des cheminots. Dans cette dernière, on pouvait voir les grands blocs des différents syndicats qui ont rythmé la manifestation par les explosions de leurs pétards d’alerte et leurs fumigènes remplissant les rues de fumée.

Avant la manifestation, les médias ont tenté de discréditer la CGT en l’accusant d’envoyer des courriers qui appellent à une grève plus offensive. Les médias ont attaqué « le message, attribué à un membre de la CGT, exhortant ses collègues à aller au-delà des arrêts de travail officiellement annoncés pour les mois à venir et à perturber le réseau également les jours sans grève ». « Je n’ai jamais rien vu de tel, jamais vu une telle menace », a déclaré Guillaume Pepy, président de la SNCF, à la radio RTL. Pour l’opinion publique, cela va de pair avec une diabolisation générale des cheminots : non seulement ils risquent de perturber le pays, mais ils sont accusés d’être « privilégiés ».

Quand la marche a commencé un énorme bloc autonome s’est formé au front en début de manifestation, le « cortège de tête » qui est devenu la norme depuis le mouvement contre la « Loi travail » : un bloc sans organisation structurée et sans leaders. Ce bloc autonome est composé de nombreux jeunes et étudiants, mais aussi de manifestants indépendants de tout âge qui ne s’identifient pas à un bloc spécifique, de syndicalistes qui s’ennuient à manifester dans un espace neutralisé et géré par leurs chefs, et de groupes plus militants et organisés. Au fur et à mesure de la lente avancée de la manifestation, de plus en plus de gens ont rejoint le cortège de tête, qui a finalement rassemblé plusieurs milliers de personnes. Pendant tout le trajet, des affrontements réguliers avec la police ont eu lieu, des banques, des publicités et d’autres institutions capitalistes ont été détruites, des centaines de tags ont été réalisés. L’ambiance s’est calmée à la fin du parcours, place de la Bastille, où se sont rassemblés les participants des deux manifestations.

Nous ne savons pas comment évoluera le mouvement dans les prochaines semaines, ni comment réagira le gouvernement, mais les grèves et les manifestations d’hier ont clairement montré que la colère et le désir de se battre sont aujourd’hui largement partagés en France.

Le syndicat CGT a déjà mentionné la proposition d’une autre journée de grève générale le 19 avril. Et certaines assemblées étudiantes ont déjà affirmé qu’elles n’attendront pas si longtemps pour les prochains jours d’action…..

Rien n’est fini, tout commence…